Mardi 03/11/2020, après une pause, nous allons, pendant quelques jours, découvrir les livres de Tony Burnand (1892-1969) qui a écrit une trentaine d’ouvrages sur la pêche. Qui dit mieux!
En pêchant la truite par Tony Burnand, 1933 (nombreuses rééditions), 174 pages, non illustré, sommaire sur la 3° photo.
Ci-dessous la belle préface du pêcheur et écrivain, Maurice Constantin-Weyer :
M. Taine s’est étonné que la pêche ait pu inspirer un livre d’une poésie aussi pure que « le Parfait Pêcheur », d’Isaac Walton. On voit bien que feu M. Taine n’était pas pêcheur. Ce qui m’étonne, chaque fois que je bats une rivière à la recherche d’une truite ou d’un brochet, ces que les diverses littératures du monde n’aient pas produit plus de livres de pêche, et plus de poésie.
Car, enfin, battre les bords d’une rivière, c’est rencontrer à chaque instant un motif à admirer et à rêver. De grandes rivières aux petits ruisseaux, les rythmes de la nature sont d’une infinie variété. Il y a la fuite des nuages sur de grands miroirs calmes, il y a les arbres qui tissent à l’envers de précieuses tapisseries, il y a les jets d’écume sur les côtes rocheuses. Il y a aussi le poisson, me direz-vous, et la passion de la pêche est telle qu’on en oublie les beautés de la nature. Mon Dieu ! vous vous trompez. Le pêcheur le plus ardent ne peut se défendre de cette pénétration de la nature. La plupart du temps il ne sait pas s’exprimer. Ou bien, peut-être le sait-il, mais, amant jaloux, il garde précieusement devers lui l’objet de sa secrète idolâtrie. Sans quoi, comment expliquer tant de braves gens qui partent au moindre instant de loisir, leur gaule sur le dos, pour ne jamais prendre le moindre poisson ? Vous croyez que ce sont des pêcheurs ? Mais non ! Ce sont des poètes.
Je sais bien tout ce qu’un critique littéraire pourrait objecter au petit livre que voici. M. Burnand manquera sans doute de satisfaire ceux qui ne se sont jamais arrêtés au tournant d’un petit sentier crotté pour contempler un instant la saine, tranquille et cruelle nature. Mais une certaine odeur d’herbes mouillées et de fleurs agrestes flotte sur chaque page. Par surcroît, nous entendons la chanson aigrelette du torrent. Et c’est un prétexte suffisant à bercer notre rêverie. Et que demandons-nous de plus à un livre, sinon de nous servir de tremplin pour faire un bond hors de notre vie quotidienne ?
A suivre …